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Crowdfunding et jeu de société : destins liés ?

Depuis plusieurs années, le financement participatif s’est imposé comme le moyen incontournable des éditeurs de jeux de société pour présenter leurs concepts au public. Que ce soient les auteurs indépendants ou même les grandes maisons d’édition, plus personne ne laisse de côté le participatif pour éditer un nouveau jeu de société. Les raisons sont multiples : même si souvent financières, cette alternative permet aussi de mettre des projets indépendants en avant. Le monde du jeu de société s’est approprié cette méthode de financement, et cela fait maintenant partie des standards. Découvrez comment le crowdfunding s’est installé en France et comment il est devenu une étape primordiale lors du développement d’un jeu de société. 

La genèse du crowdfunding 

Le principe même du crowdfunding n’est pas nouveau, il existe en réalité depuis de nombreuses années. Vous l’ignoriez peut-être mais en 1875, plus de 100 000 Français réunissent la somme de 400 000 francs (NDLR : plus vieux que l’ancien franc, c’est pour dire) pour la création de la Statue de la Liberté, qui sera offerte plus tard aux Américains en signe d’amitié entre les deux nations. Cependant, l’arrivée du crowdfunding en France tel qu’on le connaît via des plateformes sur internet n’est pas si vieux que ça. En 2007, My Major Company fait appel pour la première fois au financement participatif pour mettre en valeur de petits artistes indépendants et les aider à financer leurs projets musicaux. Par la suite, c’est l’arrivée du géant américain Kickstarter en 2009 qui va développer la pratique en France. Le succès a été immédiat et de nombreuse plateformes 100% Françaises se sont développées peu après, telles que Ulule et KissKissBankBank, toutes deux créées en 2010. Dès lors, le marché du financement participatif est en constante évolution année après année. En 2017, la finance participative a récolté 336 millions d’euros en France. À titre de comparaison, la même année, c’est 34 milliards de dollars qui ont été récoltés dans le monde. Vous l’avez compris, le marché du financement participatif est énorme.  

Le crowdfunding : quand le jeu de société devient star

Le monde du jeu de société a très vite compris l’opportunité proposée par cette nouvelle méthode de financement. Dès 2010, le jeu de société arrive en tête des projets les plus fructueux avec plus de 4 millions d’euros récoltés. Pourtant, les projets de jeux ne sont pas les plus nombreux sur la plateforme. À titre de comparaison il y avait 313 projets ludiques contre plus de 3000 pour des projets de “film/vidéo”. Cette réussite s’explique notamment par la l’appétit des joueurs à découvrir de la nouveauté. Qui plus est, la créativité des auteurs n’est pas autant bloquée par le manque de moyen que dans d’autres disciplines telles le cinéma. Les joueurs ont tout de suite commencé à soutenir leurs auteurs favoris ou petite structure indépendante. Ce succès s’explique également par la donation moyenne qui est d’environ 100€ pour les jeux de rôles, le double de la donation moyenne (48€) tous secteurs confondus. Ceci a permis à de nombreux auteurs de se lancer directement dans le grand bain sans faire appel aux banques ni aux maisons d’éditions. Les projets peuvent être créés de façon totalement indépendante et l’univers travaillé selon les inspirations de l’auteur. De nombreux projets indépendants ont pu voir le jour grâce au financement participatif, et certains ont même pu vivre une véritable success story. Exploding  Kittens, sorti en 2015, a réussi l’incroyable exploit de soulever plus de 8 millions de dollars en l’espace de 20 minutes, alors que l’objectif initial était lui fixé à 10 000$ 

Le financement participatif permet aussi aux auto-éditeurs de pouvoir directement tester l’intérêt du public avant de lancer la production à grande échelle. Si la campagne échoue, l’auteur n’a donc pas d’emprunts à rembourser, les donations sont justes rendues à leurs propriétaires d’origine. Pour comprendre l’intérêt des joueurs pour ce mode de financement, il suffit de comparer les campagnes réussies et celles où les donations ont été insuffisantes. C’est plus de 2700 projets qui sont arrivés à bout contre moins de 2400 qui ont échoué. Il s’agit tout simplement de la catégorie la plus performante sur les sites de financement participatif avec 34% du volume total des financements. En 2019, la catégorie “Jeux” a soulevée plus de 176 millions d’euros sur la plateforme Kickstarter. 

Le boom du jeu de plateau, le flop du jeu vidéo 

Depuis le début des années 2010, le nombre de projets qui remplissent leurs objectifs financiers ne cesse d’augmenter. L’année 2019 a vu une augmentation de +16% par rapport à l’année précédente. La vente de jeux de société dans le monde ne cesse de grimper, la tendance du crowdfunding n’est qu’une composante du succès rencontré par les auteurs et les éditeurs. Plus d’un millier de nouveaux jeux sont proposés en France chaque année. Le marché du jeu de société a progressé de 13% en 2019 par rapport à l’année précédente.  

La tendance n’est pas prête de s’inverser. Nous avons pu nous en apercevoir durant la période de confinement où les Français se sont d’autant plus tournés vers les jeux de société. L’année 2020 risque d’être une année spectaculaire pour le marché du jeu de société. En effet, en ce début d’année, les ventes de jeux de société ont progressé de 83% par rapport à 2019, un succès  en grande partie au confinement qui a touché les foyers Français.  

Cela fait maintenant plus de 10 ans que le nombre de jeux issus des campagnes de financement participatif ne cesse d’augmenter. Au contraire, dans les dernières années, les jeux vidéo qui partagent la catégorie “jeux” avec les projets ludiques sont en chute libre. En cause, la dynamique de l’industrie qui rend très laborieuse l’émergence de nouveaux studios de développement. En effetles délais de développement sont souvent très longspuisqu’ils nécessitent souvent entre et 5 ans à aboutirLes coûts de développement sont aussi bien supérieurs à la production d’un jeu de société du fait denombreux corps de métier qui y sont nécessaires, notamment développeurs, illustrateurs ou graphistes 3D qui sont souvent des profils très recherchés par ces studios. 

Quand les joueurs deviennent acteurs

Ces auteurs ludiques ont permis de créer une vraie communauté de joueurs qui ont un choix plus important de jeux  : ils ne sont plus cantonnés aux sorties de jeux de société provenant des maisons d’édition. Ils peuvent voir les projets en cours de développement bien en amont de leur commercialisation. Cela crée une alternative à la voie classique pour les auteurs puisquils peuvent librement présenter leurs projets directement auprès des joueursCes derniers seront alors juges de la pertinence et de la qualité du jeu proposé. Les maisons d’édition ne détiennent plus exclusivement le choix des futures sorties de jeu : les joueurs peuvent aussi endosser ce rôle désormais, en choisissant de soutenir un projet de jeu qui leur plait. 

Si le financement participatif reste une pratique marginale qui représente aujourd’hui 2% du marché mondial du jeu de société, cette pratique a de beaux jours devant elle et s’installe de plus en plus dans les habitudes de consommation des joueurs.

Article rédigé par Clément R. le 23/06/2020

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