Tricher n’est pas jouer, quoi que
Des marathoniens qui empruntent le métro pour améliorer leur classement aux joueurs de poker utilisant de l’encre invisible, et sans parler des 70% des étudiants français qui avouent avoir triché durant leur scolarité… les tricheurs sont partout !
Bien que l’on puisse tricher dans tous les domaines, concentrons-nous sur l’univers du jeu. Vous voulez savoir pourquoi les tricheurs trichent et comment le monde du jeu s’est adapté à l’omniprésence des tricheurs autour des tables de jeu ? Lisez cet article et faites-vous votre propre opinion sur les tricheurs.
La triche, un principe fondamental
Tout comme il existe plusieurs profils de joueurs, il existe plusieurs profils de tricheurs. Ceux qui considèrent qu’il n’y a pas d’amusement sans triche, ceux qui n’apprécient pas le jeu s’ils ne le gagnent pas et se retrouvent a fortiori obligés de tricher, ceux qui trichent inconsciemment, ou encore ceux qui trichent pour faire gagner les autres. Enfin, chaque jeu demande une manière de tricher différente, par des manipulations de pions par exemple, des « oublis » de déplacement, de la triche verbale ou alors par code dans les jeux vidéo (“motherlode” dans les Sims, fais pas l’innocent, on t’a vu !). Personnellement, je reconnais tricher à un seul jeu : le Loup Garou de Thiercelieu, voilà, faute avouée, à moitié pardonnée.
Entrons dans le vif du sujet en mentionnant des auteurs et théoriciens spécialisés sur la notion de triche. Parmi ces auteurs parlant de jeu et de triche, je connaissais Johan Huizinga et ai découvert Yvon Pesqueux lors de mes recherches. Alors sachez (et notez, pour votre prochain dîner si vous voulez épater vos interlocuteurs) que pour le premier, nous sommes tous des « Homo Ludens » et non des Sapiens Sapiens car nous sommes définis par notre « attitude ludique », qui nous pousse à respecter les règles. En effet, pour cet historien, toutes les activités sociales ont une forme ludique car, comme dans un jeu, elles ont des règles. Le jeu serait alors une mini-utopie, maintenue par ces règles, et quiconque tricherait briserait ce contrat social (je crois que ce Monsieur Huizinga serait fort déçu de me voir tricher au Loup Garou du coup).
Quant à la théorie d’Yvon Pesqueux, elle évoque la triche dans le secteur des affaires mais fait également sens si on l’applique au monde du jeu. Selon Pesqueux, « La triche se construit au regard de la notion de « jeu » au sens premier du terme (car il s’agit de jouer avec les règles) et au sens second du terme car la triche naît des zones d’imprécision des règles et face à l’espoir d’un gain. La triche ne naît donc pas seulement du contournement des règles du jeu mais aussi de leur marge d’imprécision. » Tricher c’est donc jouer à la fois avec et contre les règles.
Pourquoi les tricheurs trichent-ils ?
Du point de vue médical et psychologique, je me suis demandé comment se justifiait et s’interprétait le phénomène de triche, voire même s’il s’agissait d’une pathologie, à la recherche d’un scoop. Il s’avère que plusieurs études ont été menées sur le sujet. L’une d’elle s’intéressait au plaisir pris par les tricheurs en plein acte. Les scientifiques de l’étude s’attendaient à observer des sentiments négatifs de la part des tricheurs en comparaison des autres individus, notamment des sentiments de culpabilité du fait de leur comportement contraire à l’éthique, mais que nenni ! Les participants ayant triché ont au contraire ressenti davantage de plaisir et d’émotions positives par rapport aux participants honnêtes… Je ne tirerai pas de conclusion à cela, ne voulant pas vous pousser au vice.
La seconde étude qui a retenu mon attention a été menée par une équipe de chercheurs des universités du Texas et de Harvard. Cette équipe s’est intéressée aux hormones liées aux comportements de triche. Le test est assez simple : 117 participants passent une série de tests mathématiques, puis doivent s’auto-noter à partir des corrections et tout en sachant que les candidats avec les meilleurs résultats toucheront une récompense monétaire. À la fin du test, des échantillons de salive ont été prélevés chez tous les participants.
Les résultats ont révélé que ceux qui avaient majoré leur nombre de bonnes réponses au test, et donc triché, étaient également ceux avec des taux élevés de testostérone et de cortisol. Cela s’explique facilement, comme l’explique le Professeur Robert Josephs : “la testostérone fournit le courage de tricher tandis que le cortisol offre une bonne raison de tricher”. De plus, la testostérone “diminue la crainte des sanctions tout en augmentant la sensibilité à la récompense”, alors que le cortisol est sécrété par le corps pour limiter les variations importantes d’émotions, et donc de soulager le stress.
La réponse des auteurs de jeu de société
Avez-vous déjà joué au Mito ? Il s’agit d’un jeu de cartes proche du principe du Uno à la différence près qu’il est possible de tricher. En effet, le but du jeu est d’être le premier joueur à se débarrasser de toutes ses cartes. Et pour cela, il n’y a pas de meilleur moyen que de tricher en mettant ses cartes dans sa manche ou sous sa chaise ! Dans le Mito, un des joueurs est désigné en tant que « Punaise », le garant du bon respect des règles qui doit surveiller que les autres joueurs ne se débarrassent pas de leurs cartes sous la table mais bien sur la table. En revanche, je serais curieuse de savoir si les tricheurs aiment jouer au Mito. Pour qu’il y ait triche, il faut qu’il y ait contournement ou transgression des règles, or si les règles disent de tricher… est-ce vraiment de la triche ?
LudoTech souhaite s’adresser à tous les tricheurs de sa communauté : sachez que nous nous engageons à développer prochainement un jeu à destination des tricheurs sur OLEM !
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Article rédigé par Julie E. le 25/08/2020



